Aline Zylberajch et Martin Gester au clavecin

AMIA – dialogues de claviers

Les clavecinistes Aline Zylberajch et Martin Gester, accompagnés par quelques instrumentistes à cordes du Parlement de Musique, proposent un parcours dédié à la musique pour deux claviers dans la famille Bach, en partant de l’œuvre du père, Johann Sébastian, jusqu’à celle, prolifique, de ses fils, en particulier de Carl Philipp Emanuel, à la lisière du baroque. A une époque où les premiers pianos de Cristofori apparaissent en Italie, bientôt amendés par Silbermann en Allemagne.

Un programme pétillant et dense – sonates et concertos – à écouter dans un lieu régulièrement visité par le parlement, le sonore Palais des Rohan.

Réservation à la Boutique Culture place de la Cathédrale, et à Harmonia Mundi rue des Juifs.

Les Voix de Stras' sur la scène du Cheval Blanc

Le voyage des Voix de Stras’

Les Voix de Stras’ dirigées par Catherine Bolzinger – également directrice du choeur de l’OPS – était en quintette ce vendredi soir dans un Cheval Blanc plein.

Au programme, une présentation de leur nouvel album gravé sur CD « Notes de voyages », où le traitement éléctro-acoustique des voix par le compositeur américain Tom Mays sert de fil rouge à un concert mêlant hardiment un répertoire polyglotte rassemblant les géants du siècle dernier – de Ligeti à Bartók, en passant par Cage – et des contemporains moins connus – et même Bolzinger elle-même dans un clin d’œil au terroir, « que l’Alsace est belle ! – ainsi que des Romances de Brahms.

Remarquable immersion dans un lointain imaginaire, Babel rêvée en musique par un petit ensemble féminin parfaitement homogène, dont on ne saurait taire le nom des membres : les sopranos Ariane Wolhuter, Claire Trouilloud, Rebecca Lohnes et Magda Lukovic, l’alto Angela Loesch.

La lettonne Elina Buksha forme avec Nathanaël Gouin un duo solide.

AJAM – solide duo

Le duo violon-piano / Elina BukshaNathanaël Gouin a signé une prometteuse entrée en matière dimanche matin au Cheval Blanc de Schiltigheim, dans un programme romantique marqué par une absence de pathos, au milieu duquel trône l’énigmatique sonate opus 96 de Beethoven.

Solide et terrien, le duo s’est révélé homogène et autoritaire d’un bout à l’autre d’un programme mené sans entracte : dans le Rondo Brillant de Schubert, et pour conclure dans le « Tsigane » de Ravel, qui donne à la violoniste la possibilité de montrer une virtuosité sans faille dans des modes de jeu originaux. On apprécie la sobriété de l’archet, et son vibrato discret. Tout comme le regard ferme que porte Nathanaël Gouin sur la deuxième sonate de Scriabine pour piano seul.

On peut retrouver ce beau duo, en formation à Bruxelles, à travers toute l’Alsace :

Sainte-Marie-aux-Mines – Théâtre Municipal : lundi 25/01 20h00

Saverne – Château des Rohan : mardi 26/01 20h00

Colmar – Foyer du Théâtre Municipal : mercredi 27/01 20h00

Strasbourg – Conservatoire : jeudi 28/01 20h00

Altkirch – Halle au Blé : vendredi 29/01 20h30

Haguenau – Maison de la Musique et de la Danse : dimanche 31/01 11h00

Un duo rare !

Soirée américaine pour deux pianos

C’était dans le nouvelle Vill’A le week-end dernier : Claire Buttin et Charles Offenstein, complice « à la ville et sur scène », formaient un duo rare sur deux pianos placés têtes bêches.

Le couple, qui s’est formé à la Musikhochschule de Fribourg, a dédié son programme aux Etats-Unis : avec Gerschwin bien sûr – « un Américain à Paris » réduit par lui-même, et une fantaisie sur « Porgy and Bess » arrangé par Grainger -, mais aussi le contemporain Bolcom, proche dans l’esprit d’un Scott Joplin, ou encore Copland dans une pièce métissée adressant un clin d’œil au voisin Cuba.

Ambiance hôtel cinq étoiles, doucement feutrée dans l’acoustique étouffée de l’endroit, claviers moelleux et rêveurs, musique délicatement pulsée, pour des mélodies – dans Gerschwin – qui nous transportent dans les salles obscures pour une séance de Woody Allen.

Carl Orff

L’OPS avec c(h)oeur !

La double soirée de jeudi 14 et vendredi 15 janvier constitue un sommet dans la saison de l’OPS, à plus d’un titre :

(Re)découvrir Carmina Burana, la cantate pantagruélique de l’allemand Orff, écrite dans les années 1930 sur un ensemble de manuscrits médiévaux d’une abbaye bénédictine des Alpes bavaroises. Les parties chantées reviendront à trois solistes – le ténor Peter Bronder, la sensible soprano Klara Ek, et le très onctueux Daniel Schutzhard -, à la maîtrise de l’opéra du Rhin dans deux passages, et aux chœurs de l’OPS, préparés avec soin et patience par Catherine Bolzinger au long des derniers mois, renforcés par ceux de l’Opéra du Rhin (une trentaine de professionnels).

Entendre Sept ils sont sept de Prokofiev, partition contemporaine de la révolution russe et emprunte d’une violence sauvage – les chœurs seront emmenés aux limites du possible dans le poème démoniaque de Konstantin Balmont ; et le ténor Peter Bronder vivra un défi permanent pour exister devant la masse orchestrale et vocale.

Apprécier la direction entière de Jonathan Darlington : le chef anglais au charme latin, installé en France, anime les répétitions avec une passion et une énergie hors du commun. En parlant de Prokofiev, il prévient : « les kalachnikovs doivent rentrer dans la salle ! » Bref, une soirée à donner des frissons… de trouille !

Catherine Fender , avec Ksàng.

Pour prolonger les fêtes : Ksàng à Dorlisheim

Il y a deux grandes Catherine dans le chant choral alsacien : Bolzinger, qui dirige le chœur de l’OPS et son ensemble féminin contemporain Voix de Stras’, et Fender, qui, officie dans le Haut-Rhin, au Conservatoire de Colmar, avec l’Atelier Vocal d’Alsace, et avec ces chœurs à géométrie variable Ksàng, affiliés à Mission voix Alsace. Rivales un temps, les Catherine ont trouvé leur voie, chacune de leur côté.

Si Bolzinger excelle dans le répertoire contemporain et dans son rôle institutionnel et rassembleur à l’OPS, Fender dirige ses polyphonies à coups de cœur passionnés, et d’émotions exaltés. Ses conseils de direction font florès, à travers toute l’Alsace.

Catherine Fender dans la région de Strasbourg, c’est une événement à ne pas rater ! Ce soir, prolongeons la magie de Noël en l’église protestante de Dorlisheim… avec Ksàng.

Un concert viennois sur la scène de l'Opéra du Rhin

Concert du nouvel an à l’opéra – festif, vraiment ?

Le gala commandé par Harry Lapp a fait long feu hier soir – l’orchestre Johann Strauss de Budapest désarticulé, les pupitres peu en interaction s’est révélé décevant dans le registre habituel du réveillon musical viennois, les Strauss en tête. Polkas et valses sont menées au pas de charge par le chef Stellario Fagone, avec raideur et sans fantaisie.

Deux chanteurs campent des grands rôles dans des airs connus extraits de Rossini, Donizetti ou Strauss – l’inévitable « Fledermaus » : la mezzo Rita-Lucia, en forme, illumine la soirée de sa présence ; moins en réussite Karl Schineis semble fatigué, la cime de son registre coincé.

Il valait mieux se trouver salle Erasme où l’OPS festoyait sur le mode « british ». Deuxième salve proposée aujourd’hui à 17h par la phalange dirigée par Marko Letonja, pour ceux qui auront digéré les libations de la nuit !